Sidérés par l'actualité, on en oublie l'essentiel
Juillet 2025. La loi budgétaire de Trump s'attaque aux laboratoires de la NOAA, les renouvelables sont accusées d'un blackout qu'elles n'ont pas causé, la loi Duplomb passe. Pendant ce temps, on oublie les 100 milliards d'euros de surcoût des énergies fossiles, nos logements menacés et les bonnes nouvelles. Les municipales approchent.

Salut,
Il y a quelques semaines, je vous faisais part de quelques écrits, outils pour sortir de la sidération.
J'ai été assez sidéré de la contemporanéité de certains des sujets que j'avais choisi d'évoquer, sortant depuis dans l'actualité.
Par exemple, quelques jours à peine après avoir partagé le document évoquant les conflits de l'eau entre l'Inde et le Pakistan éclatait un conflit ouvert entre ces deux puissances nucléaires, l'Inde déclarant au Pakistan une « guerre de l'eau ».
J'évoquais ma crainte de voir supprimée la NOAA. Le tout récent Big Beautiful Bill de Trump ferme ses labos les plus prestigieux, dont l'observatoire atmosphérique de Mauna Loa, référence mondiale pour suivre l'évolution du CO2 dans l'atmosphère.

👉 Je ne peux donc que vous inviter à lire le magnifique document en pièce jointe, légèrement édité pour faire suite à plusieurs commentaires (merci ! 😊)
Il est si difficile de trouver des réponses en commun quand on ne partage pas les mêmes questionnements. Il en va de la création du commun, et en particulier de partager un même socle d'information. Alors quand la désinformation s'invite dans les propos de politiques, y compris du gouvernement (j'ai deux trois trucs à vous raconter sur la pêche...), journalistes ou éditorialistes sur BFM qui relaient le grand n'importe quoi du « plan clim » du RN, quand le JDD titre en Une « 300 milliards pour rien »* pour affirmer que les énergies renouvelables augmentent le coût de l'électricité... en affirmant des propos faux, quand les média laissent entendre que les énergies renouvelables pourraient être la cause du blackout espagnol (l'enquête est sortie : non, ce n'est pas le cas) et ne disent pas un mot du blackout tchèque d'il y a quelques jours (mix électrique : 40% charbon, 40% nucléaire), on perd nos repères. Parce qu'il n'est pas ok de dire sur France Inter ou sur BFM que le mix énergétique de la France est « totalement décarboné » (spoiler, il s'agit en réalité aux ¾ de brûler des trucs), j'ai saisi l'Arcom, sans grand espoir.

Et pendant qu'on distribue de l'information erronée, on oublie l'essentiel.
On oublie que la hausse des prix des énergies fossiles entre 2022 et 2024 nous a coûté à l'import 100 milliards d'euros en plus (par rapport à la moyenne historique), autant d'argent qui aurait pu être investi dans [insert whatever votre priorité is].
On oublie qu'atteindre les objectifs qu'on s'est donnés sur la planification pluriannuelle de l'énergie permettrait de diviser par deux notre facture d'importations d'énergies (c'est à dire diviser par deux notre déficit commercial), soit 200 milliards d'euros d'économies sur les 10 prochaines années.
On oublie qu'avoir une fiscalité 2x supérieure sur l'électricité que sur le gaz, c'est un non sens absolu en termes de cohérence fiscale et de transition énergétique vers une autonomie énergétique.
On oublie qu'on a déjà 3 ans de retard sur notre trajectoire d'électrification visée (de l'ordre de 30 à 45TWh sur les 500 annuels) - contrairement à ce qu'on nous serinait pendant les discussions du plan clim, affirmant qu'on avait trop d'énergie (non : pendant le pic de chaleur, on a dû faire tourner plus fort nos centrales à gaz, car nos centrales nucléaires n'étaient pas en mesure de se refroidir).
On oublie aussi les bonnes nouvelles. La Chine a connu un déclin de ses émissions de Gaz à Effet de Serre, du fait de l'essor des énergies renouvelables dans leur mix électrique. Elle rejoint ainsi les États-Unis et l'Europe. Ces trois régions représentent ensemble la moitié des émissions mondiales de Gaz à Effet de Serre (flux), et près des 2/3 des Gaz à Effet de Serre dans l'atmosphère (stock). On ne remarque même pas que la Chine a adopté la CSRD (copiée collée de notre texte européen) pour développer sa compétitivité, alors que l'Europe, France en proue, la torpillait, pour sauvegarder sa compétitivité. Ce timing et cet argumentaire sont pourtant fascinants.
Oui, 500k logements vont être perdus, en métropole, du fait de la montée du niveau de la mer, dans les prochaines décennies... et on ne se prépare pas (ou pire, mal : on dépense des milliards aux mauvais endroits). Oui, la moitié des maisons individuelles de France sont concernées par le phénomène de gonflement rétractation des sols et sont à risque d'être inhabitables d'ici 25 ans.
Et oui, on oublie que la Russie a attaqué l'Ukraine quelques mois après que l'Europe ait passé un accord stratégique avec l'Ukraine sur ses ressources minières, son deuxième accord après celui passé avec le Canada. Tiens donc, deux États que ciblent les États-Unis (et j'évoquais l'appétit de Trump pour les matériaux de la transition énergétique).
La bascule énergétique du monde est une certitude. La Russie comme la Chine ont bien intégré que cette redistribution des ressources de power (ce document évoque cette polysémie anglophone de puissance et énergie) est une redistribution des cartes, et donc l'occasion de gagner en puissance relative.
Oui, on oublie la santé.
Alors que la pollution de l'eau a obligé la ville de Saint-Louis (Haut-Rhin) à interdire la consommation d'eau du robinet pour les nourrissons, femmes enceintes, personnes âgées immunodéprimées, nos députés du « bloc central », LR et RN adoptent la loi Duplomb, que j'évoquais dans ce papier en dénonçant le lobby des mois précédents utilisant la noisette comme cheval de Troie pour autoriser un pesticide dont l'interdiction remonte à une loi de 2016, entrée en vigueur en 2018. Ce produit commercialisé depuis les années 1990 a des effets délétères sur l'humain connus depuis le début des années 2010.
Oui, on oublie que le RN promet noir sur blanc de sortir des droits de l'homme. Concrètement, cela voudrait dire qu'il ne veut plus promettre que chacun a droit à un procès avant d'être jugé, par exemple. On les normalise, on les rend équivalents à d'autres formations politiques. Ça, promis, je n'en parle pas dans mon document :)
Thèse centrale du livre de Julien Devaureix, ce n'est pas tant une histoire de changer les personnes que de changer les règles du jeu.
Puisque l'investissement public est majoritairement porté par les communes, j'invite chacun, chacune, à s'engager dans les élections municipales pour changer les règles du jeu, à sa hauteur : en aidant les listes locales à structurer leur programme, en collant des affiches pour elles, en faisant acte de candidature... et en votant. N'oubliez pas de vous (ré)inscrire sur les listes électorales en quelques clics.
Les secousses gagnent en amplitude, sont rapprochées. On va avoir besoin d'individus robustes, capables d'accueillir de l'information avec un esprit critique, capables de travailler avec les autres et pour les autres, capables de se relever pour construire un monde meilleur. Et ça commence avec chacun d'entre nous.
À tantôt,
Matthieu
- Publié
- le 9 juillet 2025
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